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 La jeunesse d'Irmine I

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Irmine Boisseuil Emploi : Bibliothécaire de Beauxbâtons

Date de création : 07/01/2015
Messages : 522

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MessageSujet: La jeunesse d'Irmine I   Lun 1 Mai - 16:35

- Irmine ! Sors de cette salle de bain et va te préparer !

L’ordre avait été proféré d’un ton dur et ne permettant aucune contradiction. La petite fille de onze ans à qui il était destiné obtempéra immédiatement, sachant qu’elle avait tendance à perdre toute notion du temps quand elle se baignait. Elle ferma le robinet de la douche et s’enroula dans une serviette, prenant garde à ne laisser tomber aucune goutte sur le sol, ne souhaitant pas se faire réprimander sévèrement une fois de plus. Les marques bleues qui courraient sur sa peau s’estompèrent progressivement, à mesure qu’elle se séchait.
Elle passa ensuite dans sa chambre et enfila rapidement une robe légère pour jeune sorcière. On était le premier jour de septembre et la température était encore estivale. Puis elle jeta un coup d’œil à cette pièce qu’elle avait habitée ces onze dernières années. Sans décoration ni objets personnels attendus d’une enfant de son âge, agrémentée d’un lit, d’un bureau, d’une chaise et d’un violon. Elle n’allait pas lui manquer, tout serait différent désormais. Irmine se dirigea vers son instrument, le rangea dans son étui et mit celui-ci dans la grosse malle au pied de son lit.

Elle avait attendu ce moment impatiemment depuis le jour où ses grands-parents l’avaient emmenée au Grand Conseil pour son premier recensement. Là-bas, on lui avait annoncé qu’elle bénéficiait d’une inscription automatique à Beauxbâtons, l’Académie de Magie française, et Irmine gardait ce jour en mémoire comme l’un des plus beaux de sa vie. Il n’y en avait pas eu beaucoup d’autres de toute manière. Pour une petite fille de 7 ans vivant avec des grands-parents qui semblaient constamment écœurés par sa présence et ne toléraient qu’avec grandes difficultés l’existence d’une descendance hybride dans leur famille, la perspective de pouvoir quitter cette maison tenait du rêve. Ses grands-parents ne l’aimaient pas et rien de ce qu’elle faisait, malgré les efforts constants qu’elle fournissait, ne les satisfaisaient. Si cela blessait profondément la fillette, elle avait fini par se dire que cela ne changerait jamais et que plus vite elle partirait, mieux ils se porteraient tous.

Irmine vérifia une dernière fois le contenu de sa malle. Elle comptait les minutes qui la séparaient du grand départ et s’était assurée trois fois que tous ses livres scolaires, achetés quelques jours auparavant par correspondance auprès d’une librairie de Paris, étaient bien rangés sous les uniformes bleu ciel. Finalement, elle referma son bagage et sortit de sa chambre. Elle descendit la malle au rez-de-chaussée et se retrouva nez à nez avec son grand-père au bas des marches.


- Soulève un peu mieux cette malle, on dirait qu’un troupeau de centaures traverse la maison., lança-t-il en fronçant les sourcils.

- Excusez-moi Arcadius., répondit Irmine, habituée à ce genre de remarque.

Arcadius Boisseuil, ancien Conseiller au Département de l’Économie sorcière et du Commerce, avait tout du vieux sorcier conservateur, persuadé que sa vision du monde était la seule qui méritait vraiment qu’on s’y attarde. Il avait marié très tôt la fille d’un commerçant aisé, petit bourgeois mais sans noblesse. Durant sa carrière politique, il s’était toujours fermement opposé au droit de vote pour les hybrides ainsi qu’à leur accès à des carrières gouvernementales. Un hybride n’avait rien à faire au Grand Conseil, encore moins devait-il avoir un quelconque pouvoir d’influencer la communauté magique. Si Arcadius n’avait pas réussi à se faire une place très importante dans l’échiquier politique, du moins s’était-il constitué des relations haut placées et jouissait-il d’un statut un peu meilleur que le commun des sorciers dans la pyramide sociale. Quel déshonneur cela avait été de découvrir que son propre fils avait forniqué avec une créature des eaux douces de la Loire et qu’une bâtarde avait été conçue de cette relation dégradante ! Ce n’est qu’un sens aiguisé du devoir et la peur du qu’en-dira-t-on qui avaient permis qu’Arcadius et Edmonde, son épouse, recueillent Irmine dans leur maison et la reconnaissent comme étant une Boisseuil. Il serait intolérable qu’on puisse leur reprocher d’avoir abandonné un enfant, même hybride, dont les parents n’avaient que faire. Qu’en aurait pensé le voisinage ?

Le vieux sorcier tourna le dos à la fillette pour s’avancer vers la porte. Malgré sa remarque désobligeante, rien ne pouvait ternir la joie d’Irmine ce jour-là, pas même le regard de sa grand-mère qui leva les yeux au ciel en les rejoignant.


- Allons-y. Et tâche de ne rien oublier, ou tu devras t’en passer jusqu’à l’été prochain.

Derrière ce conseil acerbe, Irmine comprit également qu’elle n’était pas la bienvenue pour les vacances de Noël. Cela ne surprit pas la fillette outre-mesure, elle avait bien vu l’effroi de ses grands-parents quand ils avaient cru que son départ pour Beauxbâtons risquait d’être compromis. En effet, quelques mois auparavant, un comité nouvellement formé par des sorciers et sorcières parents d’élèves, fermement anti-hybrides, avait tenté de faire pression sur le gouvernement magique concernant la question de l’acception des hybrides demi-sang et quart-de-sang dans le cursus scolaire sorcier. Irmine avait cru voir tous ses espoirs se briser, heureusement le Consul, bien qu’assez réceptif à l’idée, avait compris qu’un retour en arrière aussi flagrant serait de très mauvais ton pour les élections à venir. Il avait donc réfréné les ardeurs du groupuscule et avait confirmé publiquement que ce droit était maintenu.

Les Boisseuil sortirent de la maison, demeure à la taille respectable, mais isolée au sommet d’une colline près du Mont Beuvray. Irmine lui jeta un dernier coup d’œil, sachant que la région ne lui manquerait pas plus que la maison de ses grands-parents. Elle n’avait pas eu le loisir d’oublier le déménagement de la famille d’un bout à l’autre du massif du Morvan, suite à un incident de fontaine, qui avait révélé ses pouvoirs d’hybride à tout juste 5 ans : elle avait attiré de l’eau à elle et ses tatouages s’étaient révélés aux yeux des passants médusés du petit village moldu d’Avallon. Quelle honte ses grands-parents avaient dû endurer lorsque l’équipe d’Oubliator avait débarqué pour effacer les souvenirs des villageois.
Ses pouvoirs d’hybride s’étaient manifestés très tôt, mais il lui avait été formellement interdit d’en faire usage. Quand cela lui arrivait pourtant sans le faire exprès, car certaines de ces manifestations étaient des réflexes naturels, elle s’était fait punir sévèrement. Ses pouvoirs de sorcières apparurent un peu plus tard, ce qui ne rassura pas Irmine. Elle s’était entendue dire toute son enfance qu’elle n’était pas une vraie sorcière et avait fini par se persuader que cela devait être vrai.

La laissant tirer sa lourde malle toute seule, ses grands-parents se mirent en route en direction de la forêt. Là-bas, ils s’arrêtèrent devant une vieille boite de conserve vide et bosselée cachée sous une souche. Vérifiant sa montre à gousset, Arcadius s’empara de la boite et la tendit en direction de sa femme et de sa petite-fille. Irmine posa sa main libre dessus, empoignant fortement la poignée de son bagage de l’autre. Tandis que onze heures sonnaient au clocher d’un village lointain, elle sentit un crochet la tirer au nombril et, quelques secondes plus tard, le portoloin les déposa devant un immense portail doré.

Un elfe de maison vêtu d’une toge bleue ciel s’empressa de les accueillir avec déférence. Une fois qu’Irmine eut annoncé son nom, se retenant de vomir après ce transport magique qu’elle n’appréciait pas, l’elfe le traça sur le rouleau de parchemin qu’il tenait et fit disparaître la malle en claquant des doigts.


- Nous vous prions de vous présenter à 14h dans le Hall, au rez-de-chaussée du palais, pour le discours de bienvenue. Puis vous serez répartie à l’aide d’une épreuve. D’ici-là, vous pouvez vous déplacer librement dans le bâtiment et les extérieurs. Une collation vous attendra à 12h dans la cour près des grandes portes.

Puis, l’elfe s’inclina et partit en direction d’autres nouveaux arrivants. Irmine se tourna une dernière fois vers ses grands-parents. Comme elle s’en doutait, ceux-ci étaient pressés de partir. D’un geste sec, sa grand-mère remit en place le col arrondi de la robe de la fillette, s’assurant ainsi que les arabesques terminant derrière ses épaules ne se voyaient pas.

- Fais bien attention de ne pas montrer ta peau aux autres. Je ne veux pas entendre dire que tu te plais à crier ton hybridation sur tous les toits.

- Oui, Edmonde., répondit Irmine en baissant la tête.

Elle ne risquait pas de faire connaître sa double nature à ses futurs condisciples, sa famille était parvenue à la convaincre de la honte que cela constituait.


- Et je t’ordonne d’avoir un comportement irréprochable. Ne souille pas le nom de notre famille plus encore., ajouta Arcadius.

Irmine connaissait le sermon par cœur, elle l’avait entendu presque tous les jours cet été-là. Elle souhaitait juste qu’ils partent, ce qu’ils firent sans une seule marque d’affection et avec un simple et froid « au revoir ». Une fois seule, Irmine poussa un petit soupir de soulagement. Enfin ! Cette rentrée tant attendue était arrivée, et elle n’aurait plus à supporter la perpétuelle réprobation des deux vieux sorciers.
La fillette jeta un coup d’œil autour d’elle. Des petits groupes formés de nouveaux élèves et de leurs familles discutaient çà et là. Contrairement aux Boisseuil, la majorité d’entre eux profitaient de pouvoir passer encore un peu de temps avec leur progéniture. Certains se dirigeaient gaiement vers un village dont on devinait les toits, d’autres rassuraient des petits sorciers inquiets de quitter l’environnement chaleureux de leur enfance. Irmine les enviait et ne voulait assister plus longtemps à ce spectacle. Elle pénétra donc dans l’enceinte du domaine et commença par une exploration des jardins.

Elle était impatiente à l’idée de découvrir tous les recoins de ce lieu tant rêvé. Car Beauxbâtons ne représentait pas pour elle qu’un moyen de quitter l’entourage de ses grands-parents, mais également la perspective d’un apprentissage excellent de la magie. Très tôt, Irmine avait manifesté un appétit sans limite pour les études. Elle passait des journées entières dans la bibliothèque de la maison de ses grands-parents et en avait lu les deux tiers des livres. Les précepteurs engagés pour lui inculquer les matières de base avaient tous été ravis d’avoir affaire à une élève si studieuse. La soif de connaissance d’Irmine pourrait enfin prendre tout son essor à Beauxbâtons, et elle étudierait toutes les questions auxquelles ses grands-parents n’avaient jamais pris la peine de répondre. Du plus loin qu’elle s’en souvenait, elle avait toujours adoré lire : c’était pour elle un moyen de s’échapper, mais également une manière d’apprendre par elle-même, étant donné qu’on la tenait en-dehors de tout et ne lui expliquait que ce qui était nécessaire.

Sa main se porta une seconde à sa poche : la sensation de sa baguette sous ses doigts la ravissait encore. Cet achat avait été le seul pour lequel les Boisseuil s’étaient résolus à se rendre à la rue sorcière de Brocéliande. Ils n’avaient pas vraiment le choix. Irmine se souviendrait longtemps du courant électrique qui l’avait parcourue quand elle avait empoigné sa baguette pour la première fois, faisant jaillir une gerbe d’étincelles vertes à son bout.

- Hum…du bois de noyer, plume de phénix, 25 centimètres…je ne pense pas me tromper en disant que la petite demoiselle doit être très éclairée pour son âge ?, avait commenté le vendeur avec un sourire affable.
Celui-ci avait vite disparu devant les visages fermés d’Arcadius et Edmonde Boisseuil. Irmine, quant à elle, avait eu un regard interrogateur, mais n’avait pas osé poser de questions. Ses grands-parents s’étaient dépêchés de payer et de se diriger vers la sortie. Tandis que la fillette récupérait la boite contenant la baguette que lui tendait le vendeur, ce dernier lui chuchota rapidement avec un clin d’œil :


- Je suis sûr que cette baguette vous donnera entière satisfaction, vous verrez.

Irmine l’avait remercié d’un petit sourire timide et avait couru rejoindre ses grands-parents, qui pestaient déjà du temps qu’elle mettait à sortir du magasin.

La jeune sorcière fut tirée de ses pensées par un scintillement au fond du parc. Elle plissa les yeux pour mieux voir et réalisa soudain : un lac ! Il y avait un lac ! La fillette courut aussitôt dans sa direction pour le voir de plus près. Elle y arriva rapidement, essoufflée mais ravie. La pièce d’eau n’était pas bien grande, mais c’était suffisant. Ses eaux claires attirèrent immédiatement Irmine, qui dût user de toute sa volonté pour ne pas immédiatement y plonger. Un sourire lumineux éclairait son visage quand elle finit par lui tourner le dos. Elle ne savait pas encore si elle pourrait se permettre d’y nager, mais la présence de cet élément rassurant la convainquit que Beauxbâtons serait bien plus agréable à vivre que l’endroit où elle avait grandi.

La petite fille sentit son ventre gargouiller tandis qu’elle retournait en direction du château. Elle mourrait d’envie d’y entrer, mais la vue du buffet dressé dans la cour éclipsa toute autre pensée. Des plats étaient garnis de nourriture légère, de quoi manger sur le pouce, assis sur des fauteuils en osier dispersés aux quatre coins de la cour, ou debout tout en faisait connaissance avec de futurs camarades. Irmine ne choisit ni l’une ni l’autre de ces deux options. Des petits groupes commençaient à se former parmi les élèves, et la fillette savait que c’était le moment ou jamais de commencer à se faire des amis, mais l’idée d’aller au-devant d’autres enfants, de se présenter et d’entamer la discussion l’effrayait. Ses interactions avec des enfants de son âge étaient restées rares, ses grands-parents l’ayant tenue le plus possible écartée du monde et ses cousins n’ayant pas mieux accueilli la petite hybride. Et puis, elle ne pouvait pas savoir à quoi s’attendre avec des inconnus. Et s’ils détestaient les hybrides autant que ses grands-parents ? Et s’ils se moquaient d’elle en découvrant qu’elle en était une ? D’ailleurs, elle allait tout faire pour le cacher, et donc commencer à connaître des gens c’était également courir le risque qu’ils découvrent sa vraie nature. Elle ne pouvait pas prendre ce risque ! Elle ne pouvait s’empêcher de plaindre ceux qu’elle voyait dans cette cour et qui étaient affublés de signes visibles d’une hybridation centaure, harpie ou encore celui-là plus loin avec des écailles sur les bras. Elle, au moins, elle pouvait cacher ses marques bleues en couvrant son dos, et il suffirait qu’elle évite de se mouiller la peau devant les autres. De plus, elle savait qu’un sort existait pour se protéger de l’humidité. Sa grand-mère le lui jetait à chaque fois qu’ils avaient des invités, pour éviter tout accident malheureux. Maintenant qu’elle avait une baguette et le droit de faire de la magie, elle pouvait l’apprendre ! Pourquoi pas tout de suite en fait ? Ses livres de sortilèges étaient restés dans sa malle, qui avait été transférée elle ne savait où, mais le palais devait certainement avoir sa propre bibliothèque.

Enthousiasmée par son nouvel objectif et sachant qu’il lui restait encore du temps avant le discours de bienvenue, Irmine se décida à partir à la recherche de la bibliothèque, mais au même moment un jeune garçon l’accosta.


- Salut ! Tu es toute seule ?

Surprise et perplexe, la fillette resta une seconde silencieuse. Pourquoi était-il venu lui parler spécialement à elle ?

- Euh…oui., finit-elle par répondre, incertaine de vouloir vraiment entamer la discussion.

- Tu sais ce qu’ils vont nous faire passer comme test pour nous répartir ? Moi j’en ai aucune idée…au fait, comment tu t’appelles ? Moi c’est…

Le garçon avait l’air de vouloir faire connaissance, mais Irmine ne lui en laissa pas le temps. Le coupant, elle répondit d’une voix gênée :

- Je ne sais pas ! Désolée, je dois y aller.

Puis elle s’enfuit comme une voleuse, laissant le petit garçon abasourdi de s’être fait laisser en plan aussi brusquement. Irmine savait que sa réaction était idiote, qu’elle venait laisser passer une chance de se faire une connaissance, mais elle avait paniqué. Elle pénétra par la grande porte du château et se retrouva dans la fraicheur du Hall. La magnificence du lieu lui fit oublier qu’elle venait de se montrer très impolie alors que quelqu’un tentait simplement de converser. Le hall était d’un blanc éclatant, rehaussé à divers endroits par des colonnes ou des sculptures de marbres d’autres teintes. Des petites flèches dorées scintillaient, suspendues dans l’air, avec noté en-dessous des noms de salles dont elles indiquaient la direction.
Irmine repéra rapidement celle mentionnant la bibliothèque. Elle partit donc sur la droite, passa devant ce qui semblait être un réfectoire, et pénétra dans l’antre qu’elle allait fréquenter presque tous les jours des sept années à venir. Ce qu’elle vit lui coupa le souffle : des allées de rayonnages montant jusqu’au plafond et remplis de grimoires plus ou moins épais. La salle occupait presque l’entier du rez-de-chaussée de l’aile est du château. Un silence sacré régnait, brisé par quelques chuchotements de parents tentant de faire comprendre à leurs enfants l’intérêt du lieu. Irmine, elle, n’en avait pas besoin, elle était émerveillée à l’idée du savoir ancestrale que contenait cette bibliothèque. Elle s’avançait lentement, tournant sur elle-même, la tête levée pour scruter les hauteurs des rayons, se demandant combien de temps cela prendrait de lire tous les ouvrages conservés en ce lieu.

Alors qu’elle ne prêtait pas attention au chemin qu’elle empruntait, Irmine bouscula involontairement quelqu’un et perdit l’équilibre, tombant sur ses fesses. Elle se releva en se frottant le bas du dos, et un grognement mécontent lui fit tourner la tête en direction de la personne qu’elle avait heurtée. Un sorcier d’un certain âge à la barbe taillée et grisonnante, grand, fin et élégant, habillé d’une longue robe de sorcier d’un rouge profond l’observait.


- A quoi jouez-vous, mademoiselle ?

- Excusez-moi !, s’exclama Irmine, je ne vous avais pas vu. Je regardais les livres.

- Quel est votre nom ?

- Irmine Boisseuil.

- Veuillez faire un peu plus attention où vous mettez les pieds., conclut d’un air sévère le sorcier avant de s’éloigner.

Irmine, rouge de confusion, repartit sans demander son reste découvrir les tréfonds de la bibliothèque. Elle lut attentivement les étiquettes indiquant les domaines contenus dans les différents rayonnages, et finit par trouver celui qu’elle cherchait : les sortilèges ! Toutefois, elle n’avait pas prévu l’ampleur de la tâche : comment retrouver le manuel de sorts et enchantements de première année parmi les centaines d’ouvrages face à elle, et plus particulièrement, comment accéder aux étagères bien trop hautes pour elle ? Irmine hésita un moment à monter sur les tables attenantes, mais elle se dit qu’elle ne voulait pas se faire mal voir avant même que la rentrée ait commencé. Déjà qu’elle avait bousculé quelqu’un !
Légèrement déçue, la jeune fille se résolut à ne pas se faire remarquer comme celle qui grimpait sur le mobilier et entreprit de continuer son exploration. Elle passa l’heure qui suivit à prendre au hasard un livre dont le titre l’interpellait, le feuilleter, puis le remettre à sa place avant de recommencer le rayon suivant. Elle ne remarqua pas qu’elle avait attisé la curiosité du bibliothécaire, maître et gardien des lieux : le sorcier qu’Irmine avait bousculé. Il l’avait suivie du regard tandis qu’elle découvrait la salle, et avait été surpris de l’étincelle qu’il discernait dans les grands yeux verts de la fillette à la vue de chaque nouveau grimoire qu’elle tirait de son rangement. Ce n’était pas courant de voir une enfant de son âge préférer découvrir la bibliothèque plutôt que profiter de ses derniers instants de vacances à l’extérieur. Intrigué, il la scrutait alors qu’elle fronçait les sourcils à la vue d’un chapitre qui ne semblait pas lui plaire. Arsène Guérivaux avait le pressentiment qu’il recroiserait rapidement la jolie petite fille en ce lieu.

De son côté, l’ouvrage qui avait tiré d’Irmine un froncement de sourcils était « Récits et contes de l’Italie magique » écrit par un certain Giovanni della Tossa, qui racontait comment il avait surpris une naïade aux abords du Tibre en-dehors de Rome. Apparemment, il avait réussi à la convaincre de l’épouser, mais un beau jour la nymphe avait disparu, laissant le sorcier et leurs deux fils derrière elle. Irmine ferma le livre d’un geste sec à la fin de son paragraphe. Il semblait que sa mère n’était pas la seule naïade égoïste à ne pas se soucier de sa progéniture. Le souvenir de sa rencontre avec sa génitrice quelques semaines auparavant était encore trop cuisant pour la jeune hybride. Que celle-ci n’ait rien voulu savoir d’elle et lui ait simplement demandé son nom avant de lui tourner le dos l’avait blessée et avait laissé une trace désagréable : ses grands-parents lui répétaient inlassablement qu’elle n’était pas une vraie sorcière, sa mère ne semblait pas la considérer comme une naïade à part entière méritant son intérêt. Qu’était-elle donc au final ?

Le son d’une cloche tira Irmine de ses pensées. Quatorze heures ! Elle allait être en retard ! Elle reposa le livre et s’en fut prestement en direction du hall pour retrouver le Hall principal, où le discours de bienvenue allait être prononcé.
La fillette rejoignit rapidement la foule constituée des nouveaux élèves. Elle écouta Madame Maxime, la directrice, leur souhaiter la bienvenue et leur expliquer certains points du fonctionnement de l’Académie, leur annonçant qu’ils allaient être répartis dans quatre guildes différentes à l’aide d’un test, un par un. Chaque guilde rassemblait des élèves aux goûts et aux attentes proches, et différents tournois les mettraient en compétition tout au long de l’année scolaire. Toutefois, Madame Maxime attendait d’eux une belle camaraderie et une bonne entente, à l’intérieur des guildes mais également entre elles. Car ils étaient tous, désormais, les élèves de Beauxbâtons, l’une des plus grandes Académies de Magie d’Europe.
Parmi les futurs élèves, on pouvait sentir une certaine appréhension. Chacun se demandait en quoi pouvait bien consister ce fameux rituel de passage, et quelle allait être leur guilde. Ils furent rassemblés dans un coin du Hall, et commencèrent à être invités un par un à s’engouffrer dans un escalier dérobé, dont on ne les voyait pas ressortir. Impatiente, mais également anxieuse, Irmine attendait son tour qui ne tarda pas à venir. Elle descendit la volée de marche et pénétra dans l’une des pièces les plus anciennes de l’Académie : la Crypte des Voix


~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~


La nuit tombait doucement sur le domaine de Beauxbâtons, et les derniers élèves arrivaient pour une nouvelle année d’étude. Tous savaient très bien comment s’était déroulé l’après-midi, étant passés par là lors de leur première rentrée, et ils verraient bientôt où les nouveaux condisciples avaient été répartis. Le réfectoire se remplissait bruyamment, l’un apostrophant l’autre, celle-ci ravie de revoir celui-ci après deux mois de vacances, d’autres se plaignant inlassablement de l’uniforme de couleur criarde qu’ils étaient à nouveau obligés de porter. Une fois que tous furent installés, les professeurs prirent place à la longue table qui leur était réservée, suivis de Madame Maxime, qui tenait un rouleau de parchemin à la main. Quelques secondes plus tard, le groupe des premières années entra et s’installa près de la table des professeurs.
Ce moment protocolaire était celui de l’Annonce des Guildes : on allait communiquer aux nouveaux arrivants le choix des Voix. Seule la directrice savait quel était le résultat du test de l’après-midi, les premières années le découvriraient en même temps que les autres. Olympe Maxime déroula le parchemin d’un geste théâtral.


- Marine Ardot !

Une petite blonde sortit du groupe et s’arrêta devant l’estrade d’où la dominait de sa haute stature la directrice. C’est alors qu’un scintillement jaune éclot comme une fleur sur la poche cousue à hauteur de poitrine sur son uniforme bleu ciel, et un écusson apparut.

- Bienvenue à Lutra. Vous pouvez rejoindre vos camarades., félicita Madame Maxime en indiquant une longue table acajou où retentit une salve d’applaudissement.

La cérémonie de l’Annonce continua ainsi, chaque élève découvrant ainsi où il avait été envoyé.


- Irmine Boisseuil !

Quand son nom fut appelé, Irmine imita ceux qui l’avaient précédée et vint faire face à la directrice. La taille de celle-ci était encore plus impressionnante lorsqu’on se tenait devant elle, mais la jeune naïade n’eut pas le loisir de s’attarder dans son observation. Un écusson venait d’apparaître sur son uniforme accompagné d’étincelles bleu foncé.

- Bienvenue à Noctua.

Irmine rejoint ses nouveaux camarades, satisfaite du choix des voix. Noctua…la guilde des érudits, des esprits en quête de savoir. Peut-être venait-elle enfin de trouver sa place.

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Les Boisseuil

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